Découverte de l'Inde par Geoffroy et Olivia
Suite de l'article paru mercredi dernier
L’Inde voulait tout d’abord se démarquer de la politique suivie par les colons et ne voulait pas s’immiscer dans une affaire que les Chinois considéraient comme intérieure. De plus Nehru souhaitait protéger l’alliance sino-indienne dans laquelle il voyait la nouvelle politique des Etats décolonisés.
En novembre 1950,
l’Assemblée Générale de l’ONU est saisie de l’affaire et la plainte parle d’agression caractérisée. Mais en session plénière, les anciens colons britanniques et l’Inde furent les deux forces qui
empêchèrent toute condamnation de la Chine. En mai 1951, des représentants du Dalaï-Lama signent sous la contrainte un accord en 17 points avec la Chine communiste. Pour la première fois en deux
mille ans d’histoire, le Tibet n’a d’autre choix que d’accepter de rejoindre la « Mère Patrie ». Néanmoins, l’absorption de la nation tibétaine dans le giron chinois n’est pas
immédiatement reconnue par Delhi. L’Inde garde pendant quelques années une mission dans la capitale tibétaine et conserve des relations diplomatiques indépendantes avec
Lhassa.
Pékin, craignant
qu’une alliance anglo-indienne se dessine, propose une discussion avec l’Inde afin de mieux définir leurs relations. Ceci débouchera sur un Accord signé le 29 avril 1954 (Accord de
Panchsheel) ; En signant cet accord, l’Inde reconnut la souveraineté chinoise sur le
Tibet et
accepta de
voir son influence dans cette région grandement diminuée.
La question du tracé des frontières ne fut pas abordé dans l’Accord, mais les autorités indiennes ne semblaient pas inquiètes, confiantes envers la déclaration faite par Zhou Enlai, ministre des affaires étrangères chinois, lors de la Conférence de Bandoeng en 1955 : « nous sommes désireux de préserver la situation actuelle en reconnaissant que ces portions de nos frontières sont indéfinies […] En aucun cas nous ne modifierons [la frontière existante] ». Or peu à peu les accrochages entre troupes indiennes et chinoises se multiplièrent aux frontières, le premier ayant d’ailleurs eu lieu un an avant la Conférence de Bandoeng et les déclarations apaisantes de Zhou Enlai. La fuite en Inde du Dalaï-Lama en 1959 accéléra les choses.
Au début des années 50, Nehru, fasciné par la personnalité
de Mao et la révolution chinoise, poursuit une politique résolument pro-chinoise que célèbre son slogan : « Hindi-Chini-Bhaï-Bhaï » (les Indiens et les Chinois sont frères). Nehru
n’hésite pas à sacrifier le Tibet envahi par la Chine maoïste en 1950 sur l’autel de cette « amitié ». Profitant de l’aveuglement de Nehru, les Chinois entreprennent dès 1955 la construction de
routes sur le plateau du Ladakh qui relient le Tibet au Singkiang, s’accaparant ainsi plusieurs milliers de km2 de territoires indiens rebaptisés Aksaï
Chin. Informé par son armée, Nehru cachera ce fait à la
nation pendant trois années, préférant brader l’intégrité territoriale indienne plutôt que de perdre « l’amitié » de Zhou en Laï, le Premier ministre chinois. En 1959, Nehru déclare à
la Chambre des députés « que pas même une pousse d’herbe » ne pousse en Aksaï Chin, alors « pourquoi faire tant d’histoires pour quelques rochers ». Il faudra attendre
l’agression chinoise de 1962, avec la déroute de l’armée indienne, pour que Nehru reconnaisse enfin son fourvoiement. Il ne s’en remettra jamais et décèdera en 1964 laissant à l’Inde le problème
non résolu du tracé des frontières avec la Chine.
Pendant les conversations avec Pékin entre 1951 et 1954, Delhi évite « finement » d’aborder la question des frontières. Cette attitude se retournera contre eux et abouti à un désastre pour l’Inde.
L’Inde paye au prix fort, et plus de cinquante ans plus tard, continue à payer cher, la politique idéaliste de son premier
Premier ministre. Pour l’Inde, une autre tragique conséquence de la signature de
l’accord de Panchsheel est le refus, par les conseillers de Nehru, de négocier un tracé de la frontière tibéto-indienne, cela en contrepartie de l’abandon de ses droits, obtenus durant la
Conférence de Simla. Les hauts fonctionnaires considèrent ces avantages comme un héritage impérialiste qu’une Inde récemment parvenue à l’indépendance se doit de
dédaigner.
A SUIVRE