Découverte de l'Inde par Geoffroy et Olivia
La révolte des Cipayes, aussi nommée la « grande mutinerie », est une période de soulèvement et de rébellion survenue dans le nord et le centre de l'Inde contre la domination britannique en 1857-1858. Les Indiens la considèrent parfois comme le premier mouvement pour l'indépendance de leur pays. Retour sur une période sanglante de l'histoire de l'Inde.
Il ne s'agit pas en fait d'un mouvement limité aux forces armées comme on le présente souvent. Le mécontentement gronde alors en Inde du fait de la campagne d'occidentalisation à marche forcée imposée par la Compagnie anglaise des Indes orientales (CAIO).
Les Cipayes, mot venant de l'hindî shipahi ou soldat qui donna aussi le mot « spahi », étaient des soldats indiens servant dans l'armée de la Compagnie anglaise des Indes orientales sous les ordres d'officiers britanniques (pour être plus précis et sans chauvinisme aucun... on désigne sous le nom de cipayes, les soldats Indiens au service des Européens et c'est Dupleix gouverneur des colonies Française en Inde qui, au 18ème siècle, créa la première compagnie d'indigène, elle fut baptisée par la suite du nom de cipahis).
Les présidences de Bombay, Madras et du
Bengale maintenaient leur propre armée, chacune ayant son propre commandant en chef et entretenant plus de troupes que l'armée officielle de l'empire britannique. En 1857, elles intégrent quelque
200 000 Cipayes contre près de 40 000 soldats d'origine britannique. Mais les soldats indiens sont mécontents de certains aspects injustes ou inacceptables de la vie militaire. Par
exemple, malgré leur solde relativement faible, le transport de leurs bagages vers des théâtres d'opération lointains restent à leurs frais. En outre, la CAIO recrute des Indiens de caste autre
que brahmane et kshatriya. Par ailleurs, en 1856, on demande aux Cipayes de servir outre-mer, ce qui
aurait entraîné une grande impureté pour les membres des hautes
castes.
Cependant, la raison la plus fameuse est l'utilisation de graisse animale dans la
fabrication des cartouches du fusil Lee-Enfield utilisé dès la fin 1856. En effet, les soldats doivent déchirer les cartouches avec leurs dents avant de les charger dans leur fusil, ce qui est,
au vu de cet usage, inconcevable pour les soldats hindous et musulmans qui suspectent, les uns l'emploi de graisse de bœuf, les autres celui de graisse de porc. En janvier et février 1857, les
premiers troubles éclatent dans des garnisons demeurant au Bengale car les Cipayes refusent d'employer les nouvelles cartouches. Les Britanniques remplacent les cartouches par des nouvelles
fabriquées à base de cire d'abeille et d'huile végétale mais la rumeur persiste. En mars, Mangal Pande, soldat du 34e régiment d'infanterie indigène, attaque son sergent britannique,
blesse un adjudant-chef et retourne l'arme contre lui. Comme punition collective, le régiment entier est dissous, ce que les autres Cipayes trouvent injustifié. Quelques semaines plus tard, 85
hommes de troupe du 3e régiment de cavalerie légère refusent d'employer leurs cartouches et sont condamnés à la dégradation publique et à dix ans de travaux forcé
s.
Dans la nuit du 10 au 11 mai, le 11e régiment de cavalerie indigène de l'armée du Bengale stationné à Meerut se mutine : les soldats libèrent tous les détenus de la prison de la ville et attaquent le cantonnement où vivent les Européens qui sont tous exterminés, femmes et enfants compris sans distinction de classe sociale, ainsi que tous les Indiens chrétiens qui s'y trouvent. Ils incendient ensuite toutes les maisons et marchent sur Delhi.
Après s’être rendus à Delhi pour demander à l’empereur d’approuver leur révolte, les cipayes entrèrent dans la ville, massacrèrent tous les chrétiens, hommes, femmes et enfants qu’ils trouvèrent sur leur chemin, et désignèrent leur vieil empereur de 82 ans comme leur nouveau souverain. Plus tard, ils s’arrêtèrent sur Chandni Chowk, l’artère principale de Delhi, et demandèrent à la population : « Frères, êtes-vous avec ceux de la foi ? » Les Britanniques, hommes et femmes, devenus musulmans – ils étaient étonnamment nombreux à Delhi – furent épargnés, mais les Indiens convertis au christianisme furent immédiatement abattus. Comme il était dit dans une lettre envoyée plus tard par les chefs des rebelles : « Les Anglais renversent toutes les religions (...). Dans la mesure où ils sont l’ennemi commun [des hindous et des musulmans, nous] devons tous nous unir pour les massacrer (...). C’est seulement ainsi que seront sauvées les vies et les croyances de nos deux communautés. »
Les rebelles ne s'accordent pas sur tout sur leurs objectifs : beaucoup d'Indiens
rejoignent les rebelles dans l'idée de restaurer les empires moghol et marathe. La rânî Lakshmî Bâî qui règne sur Jhânsi, mène une rébellion violente. Quelques chefs des mutins appellent au jihad
et beaucoup d'artisans musulmans se joignent aux mutins pour des raisons religieuses.
Cependant, tous les Indiens ne soutiennent pas la rébellion : les Sikhs du Penjab n'apprécient pas l'idée d'un retour du pouvoir moghol dont ils ont subi la répression alors qu'ils combattent dans les rangs britanniques. Dans l'Oudh, les musulmans chiites ne voient pas d'un bon œil le retour de sunnites au pouvoir.
Fin mai 1857, la mutinerie s'étend en Inde centrale avec la prise d'Allâhâbâd au Rajasthan, à la plaine du Gange ainsi qu'au Bihar. Durant le mois de juin, les Cipayes cantonnés à Cawnpore sous les ordres du général Wheeler se rebellent et assiègent le retranchement européen. Les Britanniques subissent trois semaines de siège sans eau, connaissant constamment des pertes. Lorsque les Britanniques embarquent sur la rivière, leurs pilotes s'enfuient et un échange de coups de feu s'ensuit. Les Indiens tirent au canon sur les bateaux et couvrent le fleuve de cadavres, seule une embarcation de quatre hommes réussit à s'échapper.
Les Britanniques sont consternés par ces actes et les Cipayes perdent beaucoup de leurs
partisans. Cawnpore deviendra le cri de guerre des soldats britanniques pour le reste du conflit. Quand les Britanniques parviennent finalement à reprendre Cawnpore le 17 juillet, les soldats
conduisent leurs prisonniers cipayes au Bibi-Ghar et les forcent à lécher les taches de sang sur les murs et le plancher puis les pendent.
Fin 1857, les Britanniques recommencent à gagner du terrain avec la reprise de Lucknow. Du fait du début sanglant de la rébellion et suite à la trahison apparente de Nânâ Sâhib et à la boucherie de Cawnpore, la CAIO considère qu'elle n'a aucune raison de se conduire avec humanité. La presse et le gouvernement britannique ne préconisent aucune clémence. Dès le 14 septembre 1857, les Britanniques attaquent les villes soumises aux troubles en massacrant des Cipayes et des citoyens : les soldats font très peu de prisonniers, si ce n'est pour les exécuter par la suite, et des villages entiers sont exterminés sur des soupçons de sympathie avec les rebelles. Les Indiens désignent cette période comme le « vent du diable ».

Le 1er juin 1858, une promesse d'armistie est proclamée par la reine Victoria et les derniers rebelles défaits à Gwâlior le 20 juin. Les derniers rebelles condamnés sont attachés
à la bouche de canons et réduits en morceaux.
La violente répression de la révolte des cipayes en 1857 constitua un tournant dans l’histoire de l’impérialisme britannique en Inde. Elle marqua la fin de la Compagnie anglaise des Indes orientales et de la dynastie moghole, les deux forces qui avaient modelé le pays pendant les trois derniers siècles.